• Digital Natives : existent-ils vraiment ? 2/2 Digital Natives : existent-ils vraiment ? 2/2
    Digital RH
    Digital RH
    337 Vues
    08/03/2017
    EVRI

    Alors que poussent les entreprises de conseil en management, en marketing ou dans d’autres domaines de l’entreprise interagissant de près ou de loin avec la génération des Digital Natives, alors que les définitions et les articles parlant de cette nouvelle génération se multiplient sur la toile ses derniers temps malgré le fait que le terme existe depuis maintenant 15 ans. Tout cela ressemble à un véritable effet de mode et il semble bon de démarquer le vrai du faux.

     

     

     

    Cet article n’a pas vocation à faire une énième définition du terme même s’il conviendra de faire un rappel, et ne veut pas non plus tomber dans les clichés générationnels, les Digital Natives étant souvent à tort confondu avec les membres des générations Y et on considère généralement que tout natif numérique n’a qu’un seul comportement stéréotypé. On peut s’estimer soit même comme un digital native (ou du moins en partie), et se retrouver, comme nombre de personne dont la vie est fortement impactée par toutes ces technologies, en décalage avec certaines idées reçues.

     

     

    Mais en vrai, ca existe ?

     

     

     

    La première critique de la définition est cité sur l’article consacré aux Natifs du numérique sur Wikipédia. Elle consiste à dire qu’on oublie trop souvent que les outils qu’utilisent les Digital Natives ont d’abord été conçus par et pour ceux que l’on appelle aujourd’hui les Digital Migrants. Et il faut bien avouer que si les usages ont évolué, La tranche d’âge évoquée par PRENSKY et reprise depuis par tous les spécialistes des autochtones du numérique n’est finalement qu’une grossière généralisation. Nombre d’individus, nés dans le courant des années 70 sont bien plus capables que certains jeunes nés “entre 1985 et 1995” dans l’utilisation quotidienne des outils informatiques ou de télécommunication actuels et s’en servent même parfois de manière bien plus intuitive que ces derniers.

    Deuxième critique liées à ce critère d’âge, on admet par la limite supérieure (1995) que les jeunes des années 2000 qui semblent presque être sortis du ventre de leurs mères avec un portable à la main, sont exclus de cette génération dite des Digital Natives. Qui sont-ils alors ? Alors qu’eux-mêmes sont nés à l’époque de la naissance du Web tel que nous le connaissons en version 2.0. Ne sont-ils pas eux les VRAIS Digital Natives ? Et que penser des enfants qui naissent en ce moment alors que le boom des Smartphones et des Tablettes PC est encore en cours ? La définition des Digital Natives semble donc très (trop) limitative.

     

     

     

    Natif ou migrant ?

     

     

     

    Nous venons d’évoquer les jeunes des années 2000 à 2015 qui naissent à l’heure ou de nouvelles technologies font leur apparition dans nos foyers et cette idée nous amène à un autre raisonnement : y a-t-il un unique type de Digital Native ? Il semble assez évident qu’un individu né en 1985 n’aura pas le même rapport aux téléphones portable que quelqu’un né en 1995. Car si l’informatisation existait a la fin des années 1980, et si le web s’est développé au début des années 1990, la téléphonie mobile n’a, elle, pris de l’ampleur qu’a la fin des années 1990 et dans un premier temps dans le milieu professionnel uniquement. On se retrouve donc avec les “Premiers Digital Natives” de la définition qui découvre l’univers de la téléphonie aux alentours de 15 ans quand les “Derniers” grandiront avec et passeront leur adolescence l’oreille collée à l’écouteur ou les doigts collés au clavier de leur téléphone mobile. Si ces personnes sont toutes selon la définition des Digital Natives, il convient malgré tout de les différencier, les individus nés vers la fin des années 1980 se comportant plus comme des migrants à répugner l’utilisation du langage SMS ou ne pas en envoyer 10-15 sms par jours. En fonction de l’outil, on se retrouve donc avec des “hybrides”.

    Prensky évoquait une mutation du cerveau. Le terme (même remplacé par le mot “évolution”) parait assez énorme. Alors que nous avons mis des dizaines de millénaires à atteindre notre stade d’évolution, il semblerait que l’arrivée des nouvelles technologies à elle seule et en a peine une dizaine d’années aurait modifié notre anatomie. Pourquoi-pas diriez-vous. Mais plutôt que de parler de mutation du cerveau (dont la réalité scientifique à ce jour ne semble pas avoir été démontrée), on pourrait évoquer des différences dans le raisonnement. Ces différences dans l’utilisation du cerveau sont bien visibles. Les Digital Natives ont un rapport complètement différent à la connaissance et passent d’un modèle classique sémantique et du raisonnement pas à pas à un accès au savoir via des approches aléatoires. Notre esprit à été modelé par internet et les mots clés Google, par la validation de la véracité de l’information par la masse plus que par l’émetteur. Si les Digital Migrants sont attachés à l’expertise pour être reconnus, en se rendant compte de la vitesse à laquelle le monde change et évolue, le Digital Native va plus se concentrer sur la manière d’analyser l’information et la synthétiser quand ses prédécesseurs vont se contenter d’accumuler  un maximum de connaissances. La généralisation semble ici aussi assez facile, mais il faut avouer qu’on retrouve bien ce phénomène tant dans la sphère personnelle que professionnelle.

     

     

     

    Les nouveaux réseaux

     

     

     

    On peut également critiquer le phénomène d’individualisation et les situations conflictuelles qui n’ont pas été évoqué précédemment mais sur lesquels tous les spécialistes de la gestion des Digital Natives apportent nombre de solutions.

    Dans un premier temps, l’individualisation de cette génération est-elle le fait de la numérisation ou d’un environnement devenu de plus en plus compétitif dans lequel chacun tente de faire sa place pour réussir économiquement sa vie ? Les classes, principalement dans les établissements scolaires post-bac en France, ne sont plus des endroits où l’on retrouve des “camarades”, mais plutôt un environnement extrêmement concurrentiel au sein de laquelle tous sont adversaires. Le voisin pourrait plus tard nous coiffer au poteau dans l’obtention d’un poste prisé ou nous voler l’idée du siècle si on lui évoque. Mais d’un autre côté, avec les différents outils numériques à sa disposition, le Digital Native va être en capacité de gérer un environnement relationnel gigantesque (les comptes Facebook avec plus de 500 “amis” sont désormais légions). Bien évidemment, la gestion de ce réseau relationnel n’est pas traditionnel, le Digital Native va fonctionner avec des cercles, plus ou moins restreints et va réellement entretenir un lien fort avec seulement une dizaine de personnes. Mais ce phénomène existait déjà bien avant le passage à l’ère du numérique où chacun disposait d’un cercle professionnel, et de plusieurs cercles d’amis en fonction de s’il s’agit de personnes proches ou non, même s’il est vrai que les nouvelles technologies de communication ont amplifié le phénomène au moins autant qu’elles ont gonflé le nombre de contacts des jeunes d’aujourd’hui permettant de décupler la vitesse à laquelle l’information circule provoquant les fameux “buzz”.

     

     

     

    L’anarchie rode-t-elle ?

     

     

     

    Dans un second temps la notion de non respect de l’autorité par les Digital Natives dans l’entreprise et les problèmes de management liés. Il semblerait qu’en effet, le rapport à l’autorité des natifs numériques soit différent des générations précédentes. On ne reconnaitrait plus le statut, mais la compétence. La hiérarchie n’a donc plus court  et seuls les managers compétents seront suivis. Mais est-ce véritablement le rapport aux outils numériques et à la manière dont ils ont modelés les pensées des jeunes d’aujourd’hui qui est responsable de ce fait ? On peut se poser la question de savoir, si ce n’est pas dans une certaine logique que les salariés n’acceptent plus de devoir subir un supérieur incompétent. La seule différence avec il y a quelques années, c’est simplement qu’aujourd’hui, une majorité sont lucide sur la réalité de l’entreprise et osent s’opposer à leurs supérieurs s’ils ne leur paraissent pas légitimes.

    La définition des Digital Natives suppose que tous les individus nés entre 1985 et 1995 ont vécu avec les outils numériques et savent les utiliser. Mais soyons honnêtes, peu de personnes savent à l’heure actuelle comment utiliser de manière efficiente les réseaux sociaux professionnels. Tout comme on peut évoquer les capacités informatiques de ces jeunes. Savent-ils réellement utiliser les outils bureautiques comme le Pack office ? Combien sont capables de résoudre un problème informatique simple ? Pour nombre de membres de cette génération, les nouvelles technologies ne sont pas des outils de travail, il s’agit plus simplement d’outils de communication leur permettant de garder le contact avec les membres de leur réseau, mais l’utilisation d’un fonction “SI” sur un tableur ou l’installation d’un logiciel particulier leur sera une tâche particulièrement ardue.

     

     

     

    Alors, en conclusion ?

     

     

     

    Aux vues de ces différents points, on peut donc très critique face à cette définition de la génération des Digital Natives qui, pour rappel, est parue en 2001 mais semble encore peu légitime de nos jours. Si effectivement on peut penser que les Digital Natives existent, on ne peut pas étendre leur existence à une génération entière ni limiter leur existence à un intervalle de temps. Il ne paraît pas non plus possible de prétendre appliquer une unique définition aux personnes qui la composent. Ce besoin de trouver une définition valable est telle qu'on en vient à faire de nombreux amalgames, par exemple avec la Génération Y (là encore définition très critiquée) ou avec les Geeks (dont la définition est souvent limitée aux passionnés d'informatique ce qui est extrêmement réducteur).

    S'il convient de donner une définition pour clôturer cette réflexion : Les Digital Natives sont les individus qui se reconnaissent comme tel.

     

     

     

     

     

    Si cette thématique vous intéresse, découvrez aussi : 

     

    La Génération Z : comment les Z'accueillir

     

     

    Génération Z : les défis de demain 

     

     

     

     

    Conseils bibliographiques :

     

     

     

     

     

     

     

Digital Générations