• Les clés pour mener une politique achats responsables Les clés pour mener une politique achats responsables
    Achats
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    19/11/2018
    JCHE

    Après être passé dans une première partie sur la définition et les objectifs des Achats Responsables ainsi que leur place dans le contexte économique actuel, nous nous intéressons ici plus en détail à l’application concrètes des politiques d’Achats Responsables.

     

     

    Acheter responsable, on en est où ?

     

    L’Obsar a publié le 6 février dernier son rapport sur les achats responsables.

    Quels sont les chiffres et dynamiques à retenir ? Et pour commencer, alors que nous venons de préciser plusieurs objectifs liés aux Achats Responsables, qu’en disent les directions Achats ?

    Selon les répondants à l’enquête de l’Obsar et par ordre d’importance :

    • Pour réduire les consommations (surtout pour l’industrie),
    • Pour éco-concevoir
    • Pour allonger la durée de vie (et donc réduire le coût total de possession).
    • Pour, sur le volet social :
      • Favoriser l’insertion des personnes éloignées de l’emploi (dans le secteur public notamment)
      • Favoriser le bassin local d’emplois (pour les PME surtout)
      • Pour promouvoir les droits de l’Homme (pour les grandes entreprises)

     

    Au-delà, quels chiffres et quelles dynamiques peut-on retenir ?

    • 40% des répondants (environ 1/3 du secteur public et 2/3 du privé) mentionnent les Achats responsables comme une priorité de leur département…mais 45% d’entre eux déclarent ne « plutôt pas connaître « la performance RSE de leurs fournisseurs !

     

    Un chiffre à rapprocher de l’étude annuelle de Deloitte sur les Achats (Leadership: Driving innovation and delivering impact / The Deloitte Global Chief Procurement Officer Survey 2018) : 54% des répondants placent la gestion des risques comme leur priorité numéro 1…alors que 65% de ces mêmes répondants déclarent avoir une visibilité limitée voire inexistante sur leurs fournisseurs de rang 2 ou plus.

     

     

    Bien sûr, les chiffres ne veulent pas tout dire. Nous estimons cependant que cela reflète assez clairement le chemin qu’il reste à parcourir : comment prétendre maitriser le risque si l‘on ne connait même pas ses fournisseurs ? Cela est d’autant plus dommageable que le déploiement d’Achats Responsable se fait aujourd’hui très majoritairement via l’angle « gestion du risque ». En plus d’occulter une partie du périmètre théorique, on ne maitrise pas encore le seul sur lequel on agit prioritairement.

     

    • Si la contrainte budgétaire a baissé de 15 points par rapport à 2016 (comme explication au non-déploiement d’une politique ou d’actions Achats Responsables), de nombreux freins demeurent : 45% des répondants remontent que le manque d’indicateurs est un frein au déploiement d’une stratégie d’Achats Responsables. Viennent ensuite la complexité de calcul du coût total de possession (TCO = Total Cost of Ownership), des objectifs contradictoires et un manque d’expertise interne…2 derniers points qui s’auto-alimentent avec le manque d’indicateurs : sans expertise ni objectifs clairs et alignés à la stratégie de l’entreprise, difficile de sortir des indicateurs…

     

    Toujours selon le dernier rapport de l’Obsar, les coûts pris en compte dans les Achats aujourd’hui sont par ordre de priorité :

    • Acquisition (60%)
    • Economies et valeur créée (58%)
    • Usage (48%)
    • Indirects (risque, qualité) (36%)
    • Fin de vie (destruction, recyclage) (18%)

     

    Là encore l’écart de prise en compte des deux derniers items avec le reste de la liste démontre si besoin était que la démarche Achats Responsables en est encore au stade de développement.

     

     

    A noter que si les entreprises favorisant l’accès du travail aux handicapés sont reconnues par les décideurs Achats comme des partenaires fiables sur la qualité des prestations, la compétitivité n’est cependant pas au rendez-vous. Ce qui démontre une fois encore qu’il est difficile de mener de front des actions sur les trois volets de la RSE.

     

    Enfin, les trois premiers items liés aux Achats Responsables et que les décideurs perçoivent comme ceux qui vont avoir le plus d’importance dans les années à venir sont :

    • Respect des valeurs sociales et sociétales
    • Réduction des risques
    • Valorisation de l’image de l’organisation (que l’on peut aisément rapprocher des deux premiers points)

     

     

    Alors, qu’est-ce qu’il manque ?

     

    Au vu des chiffres et dynamiques remontées ci-dessus, on comprend que la mise en place de politiques d’Achats responsables rencontre plusieurs écueils :

    • On ne sait pas encore bien la définir concrètement
    • Elle n’est pas (encore?) toujours alignée avec la stratégie de l’entreprise
    • C’est le volet économique - et via l’angle « gestion des risques » - qui est privilégié au volet social et environnemental, sauf positionnement particulier de l’entreprise.
    • Il est difficile de mener de front les trois politiques : on peut privilégier le volet social, mais la compétitivité économique n’est pas au rendez-vous. Inversement, privilégier des actions économiques durables s’accompagnera rarement d’un objet social. Etrangement, on ne retrouve quasiment jamais le volet environnemental « pour lui-même » (hors règlementations) : il semble toujours lié au modèle économique, là où le volet social semble avoir une existence plus « pleine » et indépendante.

     

     

    Et pourtant, les lignes bougent bel et bien :

    • La priorité Achats « historique » de réduction des coûts n’a jamais été aussi basse (ou considérées comme telle), tout comme les contraintes budgétaires. L’occasion rêvée pour que les achats responsables s’engouffrent dans la brèche, ou bien est-ce déjà trop tard et la relation fournisseur a-t-elle déjà pris toute la place ?

     

    • « Le pourcentage d’achats « Made in France » dans le B-to-B est désormais suivi par une part significative des entreprises et des entités publiques » cite l’ Obsar. « Et près 46% des répondants, quel que soit le secteur, considèrent le « Made in France » dans leurs critères d’attribution du business ». On observe donc un lent basculement des priorités.

     

    • De plus en plus de normes, de labels et de méthodologie émergent pour accompagner les acheteurs :
      • AFNOR, ADEME et l’OBSAR, pour ne citer qu’eux, propose des cas d’études, des templates de travail, des méthodologies et des référentiels
      • Côté référentiel, il existe en France depuis 2012 le label d’Etat « Relations fournisseurs & achats responsables », qui est adossé à la norme  ISO20400.. Un premier pas qui reste cependant encore relativement confidentiel : fin 2012, lors de son lancement, il avait été décerné à 4 entreprises (Legrand, Société Générale, SNCF et Thales). 39 entreprises possèdent ce label aujourd’hui.Selon le rapport de l’OBSAR, 40% des directions achats sondées ne comptent pas démarrer des actions sur cette norme…Rappel : 40% des répondants (environ 1/3 du secteur public et 2/3 du privé) mentionnent les Achats responsables comme une priorité de leur département…

    Vous avez dit contradiction ?

     

     

    Bien sûr, le ROI reste parfois difficile à calculer : autant il est simple de penser les économies dues à un éclairage maitrisé, autant payer, par exemple, la nourriture de la cantine plus chère ne délivre pas d’économies évidentes. Il y a sans doute un impact sur le bien-être, l’engagement et la motivation des collaborateurs, mais cela reste plus difficile à évaluer.

    Bien sûr, l’achat responsable possède aussi ses effets pervers, comme l’effet « rebond » : vous remplacez vos 10 ampoules par une ampoule basse consommation…que vous laissez allumée plus longtemps. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

     

     

     

    On sent malgré tout dans l’air du temps un basculement des priorités et une aspiration, semble-t-il grandissante, à ce que l’entreprise prenne (reprenne ?) un rôle plus affirmée dans la construction sociale et s’émancipe du rôle de simple pourvoyeuse de salaires. D’ailleurs, comme déjà cité plus haut, c’est bien l’enjeu « Respect des valeurs sociales et sociétales » qui est cité par les décideurs Achats dans l’enquête de l’Obsar comme celui qui va prendre le plus d’importance dans les années à venir. Dans cette dynamique, les Achats ont un rôle à jouer, et de premier plan, eu égards à leur place centrale dans l’entreprise.

     

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