• Achats responsables, comment ça fonctionne ? Achats responsables, comment ça fonctionne ?
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    06/11/2018
    JCHE

     

     

    Des lignes qui bougent

     

    Début janvier, une tribune parue dans Le Monde nous invitait à « Inscrire solennellement la responsabilité sociale dans la raison d’être de l’entreprise »[1]

     

    Début Mars, il est cette fois question de « changer en profondeur la manière de penser le périmètre d’action des entreprises » [2]

     

    Le 6 mars, c’était ensuite au tour d’un candidat à la présidence du MEDEF de se prononcer en faveur du pilier Social de la RSE[3] (Responsabilité Sociale des Entreprises, bien que son nom soit trompeur, tant le concept englobe d’autres problématiques comme l’environnement/demeure bien plus large que ce volet social).

     

    Pour finir, le 20 mars s’est tenu le 11ème Forum des achats responsables, mené par l’Obsar (Observatoire des Achats Responsables), qui fait figure de référence en ce domaine en France – tandis que le 30 mai se tiendra à Montréal le sommet mondial de la mobilité durable.

    En parallèle, on observe une tendance intéressante dans deux études menées en 2017 sur les priorités des Directions Achats sur 2018  (AgileBuyer & Deloitte…) : réduire les coûts reste à la fois l’objectif et la contrainte n°1 des Achats…tout en étant à un niveau historiquement bas. Comme si d’autres objectifs avaient pris la place ?

     

    Autant d’éléments qui nous invitent à prendre du recul sur les Achats responsables aujourd’hui : où en sommes-nous (en France, a minima), quels avantages et quels freins sont mis en avant par le métier ?

     

     

    Acheter responsable, ça veut dire quoi ?

     

    Acheter responsable, pour un acheteur, peut vite devenir une sinécure s’il cherche à définir concrètement ce que la notion recouvre : RSE, Développement Durables, Achats Responsables, Achats Durables ?

     

    Comme souligné dans « Toute la fonction achats 3ème édition », paru en juillet 2016, « toutes ces définitions [… ] sont intimement liées, voire synonymes. La question n’est plus « pourquoi » s’y intéresser mais clairement « comment » déployer une telle stratégie, notamment 

    aux Achats ».

     

    On ajoutera que la multiplicité d’appellations est un signe parmi d’autres que le sujet se cherche encore une ligne directrice claire, aux Achats comme ailleurs.

     

    Pourtant, peu importe la façon dont on présente le sujet et/ou le terme que l’on utilise : le fond reste le même. Nous avons choisi de reprendre ici la définition de l’AFNOR (Association Française de NORmalisation) : un achat responsable, « c’est acheter en préservant de manière équilibrée et pérenne l’intérêt environnemental, social et économique de l’ensemble des parties intéressées en servant la performance de l’organisme donneur d’ordres à court, moyen et long termes. Les Achats Durables intègrent les différents aspects du Développement Durable tout au long du cycle de vie des produits ou prestations Achetées ».

     

    Certains d’entre nous s’étonneront peut-être que l’on vienne expliquer aux Achats que servir la performance de l’entreprise à court, moyen et long terme ne fasse pas partie de leur mission d’origine…même s’il faut reconnaître que de « cost killers » sans âmes, les acheteurs sont ensuite devenus de plus en plus des « risks managers » ( la notion de risque étant intimement liée au présent et l’avenir des Achats Responsables, comme nous le verrons en détail plus loin), des incubateurs d’innovation et enfin des créateurs de valeurs avant d’être des « limiteurs de coûts », validant ainsi l’hypothèse d’un élargissement de leurs responsabilités, envers leurs clients internes et externes.

     

     

    Acheter responsable, pour quoi ?

     

    Oui, acheter responsable peut créer de la valeur. Bien que cela remonte un peu, en 2010 PWC et Ecovadis dans leur étude « Value of Sustainable Procurement Practices’ (2010) » - malheureusement non mise à jour depuis - estiment qu’une politique d’achats responsable « permet de générer une réduction des coûts équivalent à 0.05% du CA, en sus des actions achats habituelles ». Mais pour cela, pour qu’elle ne se limite pas à du greenwashing et à des effets d’annonce, il faut que l’approche soit rationnalisée.

     

    On pense bien sûr en premier lieu à changer les ampoules, optimiser l’éclairage, le chauffage, le papier, l’encre, les sanitaires, la moquette même…mais tout ceci doit impérativement être soutenu par un vrai Business Plan. Ou, pour utiliser des termes peut-être moins ambitieux, par une vraie étude du ROI à tirer de ces actions.

     

    Au-delà des économies financières qu’il y a à tirer d’actions Achats responsables, il faut aussi mentionner :

    • La différenciation concurrentielle. L’argument « responsable » est depuis un moment déjà un facteur de vente à lui seul – en témoignent évidemment les labels responsables sur le marché alimentaire, mais pas que : prenez deux entreprises similaires, offrant le même service. Si l’un d’elles parvient à mettre en place plusieurs actions « responsables », c’est un avantage en termes d’image de marque et de communication
    • La gestion des risques (qui n’est jamais très loin de la réduction des coûts) : qu’ils soient liés à l’image (nul besoin de réciter tout un tas de scandales sociaux-environnementaux qui ont rejaillis sur les entreprises) où plus prosaïquement à la qualité des produits fournis aux clients et même la pérennité de l’entreprise : acheter responsable, ce n’est pas que mettre des ampoules basse-consommation dans la cantine de l’étage. C’est aussi connaître ses fournisseurs…
    • Les contraintes règlementaires, bien entendu, là aussi liée aux risques, mais également par exemple aux quotas de travailleurs handicapés dans les entreprises

     

    Un exemple de démarche Achats Responsable se retrouve chez AccorHotels. Le groupe hôtelier cherche à la fois à mettre ses achats sous contrôle en :

     

    -Formant les acheteurs aux achats responsables

    -Intégrant des objectifs responsables aux Achats et aux acheteurs

    -En auditant les fournisseurs les plus à risques, et en faisant signer des chartes aux autres

     

    Mais le groupe déploie également une démarche volontariste qui dépasse le simple cadre économique, avec la volonté affichée de déployer, dans l’ensemble des hôtels du groupe, 10 familles de produits éco-conçus. Par exemple, du linge non plus blanc mais « écru », et donc non traité.

     

    On retrouve dans cette démarche l’angle « gestion du risque » majoritaire dans le traitement des achats responsables aujourd’hui – bien qu’encore très perfectible – et l’angle plus volontariste lié aux enjeux sociaux et environnementaux.

     

    Dans la suite de cet article, nous ferons un tour d’horizon des Achats Responsables aujourd’hui : est-ce que ça marche ? Est-ce que la démarche est mature ? Le cas échéant, pourquoi ne l’est-t-elle pas ?

     

    [1] (source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/22/inscrire-solennellement-la-responsabilite-sociale-dans-la-raison-d-etre-de-l-entreprise_5245250_3232.html).

    [2] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/03/05/il-est-temps-de-changer-en-profondeur-la-maniere-de-penser-le-perimetre-d-action-des-entreprises_5266016_3232.html).

    [3] https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-rse-condition-de-la-perennisation-de-l-entreprise-du-21e-siecle-770701.html

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